speaker-0: Le métier infirmier aux Etats-Unis, à quoi ressemble-t-il vraiment ? Et surtout, qu'est-ce que ça implique concrètement quand on est infirmier formé en France ou ailleurs ? Tu écoutes Imported Nurse, je m'appelle Claire Spix, je suis infirmière française installée aux USA depuis plus d'une décennie et depuis 2013, j'accompagne des infirmiers internationaux dans leurs démarches de reconnaissance de diplôme. Dans ce podcast, je donne la parole à des infirmiers francophones, souvent d'anciens clients, qui ont choisi d'exercer aux États-Unis. À travers des témoignages parfois similaires, parfois très différents, on parle des démarches, de l'adaptation et surtout de la réalité du métier infirmier ici. Bonne écoute ! Aujourd'hui, je reçois Agathe, une infirmière belge, arrivée à New York juste après l'obtention de son diplôme. Elle nous raconte un début de parcours marqué par une réalité que beaucoup d'infirmières internationales rencontrent, ne pas pouvoir commencer dans le service qu'elle visait, notamment en raison de son absence d'expérience professionnelle en Belgique. Dans cet épisode, Agathe partage comment elle su repondir, s'adapter et commencer à construire son expérience sur le terrain américain. Et malgré un départ loin de ce qu'elle avait imaginé, elle a tout de même eu l'opportunité d'évoluer rapidement dans sa carrière. Comme toujours, c'est un témoignage concret qui nous plonge dans la réalité du métier infirmier aux États-Unis. Bonjour, Agathe. Bonjour. Alors, Agathe, dis-nous où est-ce que tu as été diplômé et dans quels services est-ce que tu travaillaies avant de venir aux USA ? speaker-1: Au Moi j'étais diplômée en Belgique à Bruxelles et je ne travaillais pas. Je venais d'être diplômée quand je suis arrivée aux États-Unis. J'ai été diplômée en juin 2023 et je suis arrivée à New York en juillet 2023, mi-juillet 2021. speaker-0: D'accord et donc justement qu'est qui t'a fait venir aux USA ? Comment t'as atterri ici ? speaker-1: Mon mari qui avait décroché un job pour une organisation internationale ici. Le siège était toujours à New York. Donc voilà, on est parti à l'aventure. speaker-0: D'accord. Et tu t'es toujours dit, je vais faire valoir mon diplôme. speaker-1: Oui, oui, bah après, je n'avais pas fait mes études d'infini pour ça, mais ça a été un avantage que je n'avais pas forcément considéré que je pouvais travailler en fait, quasi partout avec ce diplôme-là, puisqu'ils avaient besoin d'infirmières partout. Pour autant, quelques démarches parfois plus ou moins longues et ainsi de suite, mais en tout cas, ça me permettait de travailler. J'avais un autre diplôme de linguiste, où là, sais bien, linguiste en français, ça aurait été plus compliqué pour moi de trouver un job avec ce diplôme-là à New York. speaker-0: D'accord. Donc tu as fait tes équivalences, tu as passé toi un Plex. Comment ça s'est passé pour la recherche de travail ? speaker-1: Pour moi, c'était un petit peu spécial, parce que je suis avec un visa particulier ici aux États-Unis. donc, ce visa fait qu'on peut avoir droit à un permis de travail uniquement quand on a déjà trouvé un job. Donc, c'est un peu le serpent qui se mord la queue. Il faut d'abord trouver un job, mais leur dire, attendez, parce que j'ai pas encore permis de travail. Il me faut d'abord l'offre. Et puis, une fois que j'ai l'offre, ce moment-là, je peux postuler pour avoir le permis de travail. ça, c'était une première étape un peu complexe. Et la deuxième étape, c'est que comme j'avais aucune expérience, comme infirmière en Belgique, les portes des hôpitaux étaient concrètement fermées parce qu'une infirmière sans expérience, et en plus d'un pays étranger dont ils connaissent pas forcément la formation, même si avec le recul, pense que la formation française et baine, j'ai meilleur que la formation américaine, en tout cas au niveau des pratiques. C'est-à-dire que quand je suis arrivée dans mon service, moi je savais déjà faire tout. tous les soins infirmiers, etc. Les nouvelles infirmières qui viennent juste de diplômer aux États-Unis, elles débarquent, ne pas, peut-être même parfois même pas prendre la glycémie. speaker-0: Oui oui, non non ça c'est sûr et c'est rigolo parce que tu vois on nous fait tout un patacaisse. Donc beaucoup d'états si t'as pas assez d'heures de stage tu peux pas passer le NCLEX mais en moyenne on a beaucoup plus d'heures de stage et même d'heures théoriques en France et en Belgique qu'ici. speaker-1: Oui, mais après c'est aussi, même quand ils vont en stage, à l'hôpital, parce que ça dépend aussi, ici il a beaucoup de diplômes différents d'infirmiers, puisqu'il y a les registered nurses, il a les licensed professional nurses, y a les associate, les bacheliers, les masters, tout ça. C'est un peu un mi-cmack de plein de trucs, mais il en a quand même beaucoup qui doivent passer par l'hôpital, mais quand ils vont à l'hôpital, souvent ce qu'ils nous disent, c'est qu'en fait, on leur laisse rien faire. Donc ils peuvent regarder, mais pas faire. Mais après c'est souvent aussi un jour. par semaine, pendant 12 semaines. Donc finalement, ont 12 jours et évidemment, il a pas de continuité avec le formateur ou quoi. Donc à chaque coup, ils vont peut-être tomber sur une organisation différente. C'est vrai qu'au niveau clinique, ils ne pas formés comme nous. Maintenant, trouve qu'au niveau théorie, quand tu passes l'unplex, en tout cas, tu as quand même censé avoir des bonnes bases de réflexion, de jugement clinique. speaker-0: Oui, c'est très différent. C'est beaucoup plus technique que nous. Oui, ça c'est sûr. ⁓ speaker-1: Du coup, les portes de l'hôpital m'étaient fermées. Un grand désespoir, j'avoue. Mais bon, voilà. Et donc, au final, j'ai été dans ce qu'ils appellent ici une Skilled Nursing Facility ». Donc, c'est un peu un mix entre des zones de repos long terme et soins, ce qu'ils appellent « subacute ». Donc, en gros, c'est les patients qui sortent de l'hôpital, mais qui ont encore besoin de beaucoup de soins. pas forcément qui sort de l'hôpital mais qui ont besoin de beaucoup de soins, par exemple des patients onco avec des grosses pliées, etc. Ils vont aller dans ce centre-là. Et donc il y a deux ailes dans le centre où moi je suis. Il y a vraiment une aile plus aigüe et puis il une aile plus long terme. donc voilà, j'ai commencé là. C'est globalement une population gériatrique quand même, avec un peu de patient psychiatrique aussi. speaker-0: D'accord. Ok. Et du coup, t'es encore là-bas speaker-1: Oui, je suis encore là-bas. J'avoue que là, doucement, j'aimerais bien quand même essayer de postuler pour aller à l'hôpital, parce que c'était quand même mon objectif à la base. Maintenant, c'est vrai que je me suis pris tellement de refus la première fois que j'ai un peu la crainte, je crois, que tout monde a de beau se faire refuser alors qu'on a un diplôme plus que valable et ainsi de suite. speaker-0: Oui, non mais je comprends. Après maintenant, t'as l'expérience. speaker-1: Oui, mais dans les hôpitaux ici, ils demandent souvent de l'expérience, genre medsurg. Donc déjà dans les hôpitaux, ce qu'on m'a conseillé de faire, c'est soit de passer d'abord par des nuits, faire quelques temps de nuit, puisque là ils acceptent plus facilement, puisqu'il a moins de personnes qui postulent de base pour ça, ou des services où il a beaucoup de demandes. Donc on va avoir à New York les urgences et la psychiatrie. speaker-0: D'accord. Et quand tu as commencé, donc quand tu as pris ton premier poste, donc c'était la première fois que tu travailles en tant qu'infirmière, qu'est-ce qui a été le plus difficile pour toi ? speaker-1: crois qu'il a deux choses. D'abord, je crois que ça ne surcontre personne, il a quand même toujours la langue. Je parlais correctement anglais, mais il le langage du quotidien. moi, je travaille dans un centre qui est très... à New York, c'est multiculturel, etc. Donc c'est aussi beaucoup d'accent différents des Russes, des accents plus asiatiques, des accents plus Jamaicains, Haïtiens, etc. qui sont quand même particuliers. Donc il a ça. Et puis il y aussi vraiment le besoin de tout justifier, la documentation. Ça c'était parce que je pense qu'en Belgique, c'est pas qu'on insiste pas sur la documentation, il faut montrer qu'elle soit en affaire et ainsi de mais on va pas écrire des notes pour justifier tout ce qu'on a fait, on doit pas... speaker-0: Ici, la traçabilité, c'est clair que c'est très, très important. speaker-1: C'est beaucoup plus procédural, beaucoup plus protocolaire. Et tout doit être bien écrit, et c'est toujours le cas. Et maintenant, c'est vrai que j'avais oublié de dire, mais maintenant je suis devenue nurse manager, donc plus moins l'équivalent d'infirmière chef. Et là, moi je suis derrière les infirmières et je dois revoir justement ce qu'ils ont documenté, etc. Et voilà, c'est ardu. speaker-0: J'imagine. du coup, donc en fait, t'es passé d'infirmière à nurse manager en combien de temps du coup speaker-1: un an et demi. J'ai travaillé pendant un an et demi et puis après ça ils m'ont proposé de devenir leur manager. speaker-0: D'accord. Et en termes de salaire, ça veut dire que t'as commencé à combien et donc quand du coup, en un an et demi, t'as augmenté à combien ? speaker-1: Alors c'est un peu difficile à dire parce que globalement je crois que j'ai commencé à environ 100 000 par an. En sachant que là je pouvais faire des heures supplémentaires ou ce qu'ils appellent des doubles shifts. Moi j'ai jamais fait de double shift complet parce que ça voulait dire 16 heures. Ce qui était pas souplem pour moi mais il beaucoup de gens qui le font. Mais moi je faisais parfois des 4 heures sur tous les week-ends. Et là du coup à partir de 19 heures t'étais payé un peu plus cher. Quand tu faisais des heures supplémentaires t'étais payé un peu plus cher etc. Mais donc de base quand j'ai signé l'offre c'était 55 dollars de l'heure pour un total d'environ 100 000 par an et quand moi j'ai signé il y avait un bonus à l'embauche de 12 000. Donc tu fructifies évidemment les taxes etc. Donc au final c'est un bonus à l'embauche de 6 000 plus 27 000 quelque chose comme ça. Et maintenant je suis à 135 000. Mais maintenant même si je fais des heures supplémentaires c'est plus compté. Ah ouais. C'est comme ça. Oui voilà c'est comme ça exactement. speaker-0: ... speaker-1: Ce qui est différent par rapport en Europe aussi, c'est que les week-ends ne sont pas mieux payés. Dans ton contrat, tu signes pour faire un week-end sur deux. Quand j'étais nurse en unité, quand je suis nurse manager, ne dois pas faire de week-end. Mais nurse en unité, tu signes pour un week-end sur deux et tu es payé au même prix. En Belgique, tu étais payé 33 % supplémentaire quand tu faisais des week-ends et 50 % supplémentaire quand tu faisais des nuits. speaker-0: Oui, en France aussi, là je travaillais, on était payés beaucoup mieux. speaker-1: Et quand tu fais des nuits, t'es mieux payé aussi. Je ne pas quel pourcentage. speaker-0: Oui. Du coup, là où vous habitez, la vie est beaucoup plus chère. speaker-1: Oui, oui, quand même, oui, on est à Brooklyn, nous. speaker-0: A oui, Nicole. speaker-1: Et en plus on est dans un beau cassez de Brooklyn. speaker-0: Si tu fais la... Si tu compares le prix de la vie en Belgique avec le salaire que tu aurais en Belgique et le prix de la vie où tu es avec le salaire que tu as, est-ce que au bout du compte tu es quand même mieux payé ou est-ce que finalement ça se rejoint ? speaker-1: Non, je suis quand même mieux payée, je crois. Je ne sais pas exactement combien, oui, total, suis quand mieux payée. Parce qu'ici, en plus, c'est des salaires... J'ai tendance à calculer par semaine, parce que par semaine, ça équivaut plus ou moins au salaire qu'on gagnerait par mois. Mais il faut évidemment diviser, etc. Après, j'ai aucune notion du salaire d'infirmière-chef en Belgique. Donc, je ne sais pas ça. Mais infirmière en unité, oui, tu es quand mieux payée. Après, tu n'es pas non plus riche. Ici, c'est parce que mon mari travaille aussi qu'on peut se permettre d'avoir un... un appartement qu'on a dans le quartier qu'on a choisi, etc. Moi, si j'avais que mon salaire d'infirmière, clairement je ne pourrais pas m'offrir ça être toute seule ici, c'est plus compliqué. Il a d'ailleurs pas mal de personnes qui cumulent deux jobs pour y arriver. speaker-0: Ouais, la vie est très chère à New York. Dis-nous un petit peu les similarités et les différences que tu as observées dans le métier en lui-même, dans les soins. speaker-1: Dans les simularités concrètement, pense que c'est quand même relativement pareil. veux dire, c'est le tour de médicaments et puis les soins, les traitements, les pansements, les soins de tracts, il a des tracts, les soins de voie périphérie, de voie centrale. Ça, je pense que c'est pareil. Alors les protocoles peuvent varier, mais la manière dont on se chante, donc de plus propre au plus sale et ainsi de suite, j'ai un doute en le disant, mais bref. C'est toujours la même chose, veux dire. C'est les mêmes règles derrière qui chapeautent le tout. D'ailleurs, fait, le principe qui gouverne un peu tout ça, c'est quand même l'accréditation. Le fameux, quand ils viennent visiter les institutions et voir si ça correspond à leurs critères, c'est les mêmes instituts que ce soit ici aux États-Unis ou en Belgique. Ou en Belgique, c'est une entreprise canadienne qui fait les accréditations. ⁓ ouais, speaker-0: ⁓ ouais, tu vois, je savais pas. En Belgique, c'est des Canadiens Canadiens qui... D'accord. speaker-1: Et les Canadiens, Alors il doit y avoir des adaptations quand même à la Belgique et aux Lois speaker-0: C'est Alors, à quoi ressemble une journée type en tant qu'infirmière dans la structure où tu travailles speaker-1: Globalement, pense que plus en même chose que ce qu'on pourrait observer en Belgique. Après, c'est vrai qu'en Belgique, moi, j'ai pas travaillé, j'ai pas fait de stage, ni travaillé dans des maisons de repos ou centres de reva ou quoi. Mais je crois concrètement, c'est plus en même chose. Et d'ailleurs, c'est la même chose à l'hôpital. C'est-à-dire qu'on commence, fait, par simplement donner le rapport. Alors ici, on va pas présenter tous les patients. On s'arrête uniquement aux patients qui ont des situations un peu aigus ou... qui méritent d'être mentionnés, par exemple un patient qui a eu des antibiotiques, un patient qui reçu un vaccin, un patient qui a eu une chute, on va m'interroger pendant trois jours, ainsi de suite. Donc ça on le mentionne. Et puis une fois qu'on a fait ça, speaker-0: Vous ne mentionnez pas du tout les patients qui vont bien en fait. speaker-1: Non, une patiente qui va bien, c'est pas qu'on s'en fiche mais... Oui, bien. Parce qu'en fait, par unité, là où moi je suis, a entre 40 et 44 patients. speaker-0: Oui d'accord oui. Oui donc finalement c'est vraiment comme en maison de retraite où tu effectivement tu ne fais pas tous les patients à parents. speaker-1: Non, c'est ça. Tout ce qui est nouveau, qui a changé dans la condition du patient, à ce moment-là, on va le mentionner. Une fois qu'on a fait ça, commence... D'abord, prend les glycémies pour ceux qui sont diabétiques, et puis on va commencer la tour de médicaments. En même temps, simultanément, il les aides-soignants qui vont prendre les paramètres vitaux et qui vont donner les petits déjeuners. Et puis, la journée s'organise un peu en fonction des patients et de ce qui se passe. On commence toujours par les médicaments du matin et puis après il a une deuxième passe de médicaments vers midi 1h. Mais entre les coups parfois on peut être appelé parce que la soignante est en train de laver un patient qui a un pansement à changer à tel endroit ou autre. Du coup on va arrêter le tour des médicaments et on va aller faire le pansement quand elle occupée à faire le patient. Comme ça on ne dérange pas deux fois le patient, c'est plus facile. Puis généralement, l'après-midi, une fois qu'on a fini le deuxième tour de médicaments et que tous les traitements ont été faits, à ce moment-là, c'est de la documentation de l'ordinateur. On doit faire un rapport, ce qu'ils appellent un Monthly Summary. Tous les jours, on doit revoir ce qui s'est passé pour deux patients de l'unité dans le mois précédent pour faire un peu un résumé de tout ce qui s'est passé et être sûr que tout le monde est... speaker-0: D'accord. speaker-1: cohérents, etc. Puis après ça, y a les notes de tout ce qu'on a observé pendant la journée qui sort un peu du commun pour le patient. Puis s'il a des admissions ou des décharges, ça va être aussi plutôt... Les décharges, c'est à 11 heures du matin. Et s'il y a des admissions, c'est généralement plutôt aussi en fin de shift et puis après ça, on fera le rapport à la semaine qui arrive. speaker-0: D'accord, oui, donc c'est quand même très similaire à une journée type en France, mais certainement en Belgique aussi du coup. speaker-1: Oui, je crois que l'organisation est relativement pareille. speaker-0: Comment tu t'es sentie accueillie dans l'équipe ? Peut-être que tu étais accueilli différemment d'une infirmière américaine ? Comment ça s'est passé ton intégration speaker-1: On est moins comme je disais, c'est vraiment un centre très multiculturel. Donc en fait, il y a assez peu d'Américaines et Américaines qui travaillent. Donc moi, dirais concrètement plutôt bien accueillis. J'ai eu la chance de, quand on commence, fait, on a ce qu'ils appellent l'orientation. on a, de mon temps, c'était trois, quatre jours. Trois jours d'abord en classe. pour voir le logiciel qu'ils utilisent. que ne pas en France que vous utilisez, mais c'est vrai qu'en Belgique maintenant on a tendance à beaucoup utiliser Epic, dans les hôpitaux etc. C'est un système américain qui s'utilise ici dans les hôpitaux, mais en maison de repos c'est un peu plus variable. Et donc là c'est un système que moi je n'avais jamais utilisé, il revoit avec tout monde. speaker-0: Je saurais même pas te dire ce qu'on utilise en France parce que ça fait tellement longtemps que je travaille plus en France. speaker-1: Oui, puis ça change souvent en fonction des attaques de marché, etc. Donc il y avait une journée entière sur ça, une journée sur tout ce qui était documentation, gestion des soignants, des choses comme ça. Et puis la troisième journée, c'était plus protocoles, genre distribution des médicaments, à quoi il fallait faire attention, etc. les traitements de plaie et tout. On revoit un peu globalement tout comme ça. Trois jours, c'est assez condensé. C'est pas non plus très approfondi, mais on a la documentation. Et donc si par après on veut y retourner, on peut sans problème y retourner. Et puis après, on arrive dans une unité. Et là effectivement, on double quelqu'un. Donc on suit. Et puis au fur et à de si t'es à l'aise ou pas, assez rapidement ils vont te laisser faire les médicaments tout seul. Et puis voilà au fur et Et moi quand moi je suis arrivée, c'était une semaine et deux jours. coup on avait au total deux semaines d'orientation. Et après ça, ont changé à trois semaines. Parce qu'ils trouvaient que les infirmières avaient un peu plus de mal après à se mettre en route. Et donc, moi j'étais infirmière d'unité, ça faisait trois mois que je travaillais là. Moi, j'ai eu quelqu'un qui me suivait en fait. Donc moi, je montrais comment ça fonctionnait. Comme ça, ont généralement, on espère pas, mais au moins une chute, moins l'apparition d'un escar ou d'une plaie quelconque. Et ils savent un peu le type de documentation. comment ça fonctionne, qu'est-ce qu'on va dire, qu'est-ce qu'on va faire, qui est-ce qu'on contacte, des admissions aussi de l'hôpital, ça fonctionne, ou des transferts justement à l'hôpital. Et donc ça leur permet d'avoir une idée globale et comme ça quand eux ils arrivent et qu'ils sont seuls dans l'unité, ils savent quand même comment gérer tout ce qui peut leur arriver. speaker-0: D'accord. Donc toi, tu as eu ton orientation et après tu as pu faire l'orientation d'autres infirmières et infirmières. Et du coup, en tant qu'infirmière manager, qu'est-ce que tu fais exactement ? Alors je sais que ça fait pas longtemps que tu as commencé ce poste-là, mais qu'est-ce que tu fais exactement ? speaker-1: Donc c'est vraiment de la supervision. Moi j'ai deux unités, donc de deux unités, donc de tous les soins qui sont donnés, que tout soit bien documenté, bien introduit, les évaluations, par exemple Braddon score, ça je crois qu'on utilise aussi en Belgique, et peut-être en France, j'imagine, pour voir le risque d'avoir des escars pour un patient, si c'est bien fait, je revois tout ça, puis après ça je gère les... le day-to-day, si on veut, de l'unité. Donc je dois être sûre de bien connaître tous les résidents et tout ce qui se passe, un peu inattendu, qui a rendez-vous et ainsi de suite. M'assurer qu'il a bien quelqu'un qui soit là pour transporter justement rendez-vous. C'est aussi la gestion de famille, très important aux États-Unis, puisqu'on sait qu'il a quand beaucoup de poursuites judiciaires. Et les poursuites judiciaires, c'est souvent pour les familles. Donc voilà, la gestion aussi avec l'équipe interdisciplinaire. Donc discuter avec la diététicienne et problèmes éventuellement d'hydratation, des problèmes de nutrition, si des patients ont perdu ou qui ont gagné trop de poids, avec l'assistance sociale, m'assurer que les patients qui ont un potentiel pour retourner à leur maison, ça se met en place ou qu'est-ce qu'on pense pour eux, des choses comme ça. C'est vraiment plus de l'administratif. Moi, c'est ce que je regrette un peu, c'est que là, je suis quasi plus au contact des patients. moi, j'aimais bien ça. speaker-0: En fait c'est très très similaire de cadre quoi. est-ce que tu as déjà eu des moments de doute, vraiment des moments de remise en question ? speaker-1: Ça, c'est ça. Oui, oui. Comme je disais, vu qu'au début, l'hôpital, c'était complètement fermé. on ne pas comment ça va maintenant, quand l'hôpital était complètement fermé, je me suis dit, mais je ne jamais y arriver, en fait. Oui, et encore maintenant, là, comme j'ai changé de job et que pour le moment, je ne m'y retrouve pas tellement, oui, c'est un processus. Et puis, c'est aussi, il faut arrêter ces pensées-là, mais c'est aussi se dire, quand en Europe... ici aussi d'ailleurs, ils sont en pénurie infirmière partout et donc toi t'arrives avec un diplôme qui est tout à fait valable et ainsi de suite mais pour autant on te refuse alors que c'est très bien que si tu vas dans ton pays d'origine, t'as toutes les places que tu veux et c'est simplement parce que t'es étrangère et qu'ils ne connaissent pas ta formation et ainsi de suite que du coup ils refusent et je suis pas sûre que la situation va aller en s'améliorant en fait. Puisque, je ne pas si tu vois des différences entre le nombre de personnes qui maintenant essayent de postuler pour travailler aux États-Unis. Mais au moins, a des personnes qui vont essayer de devenir infirmières depuis des pays étrangers. Au moins, ils sauront quelles sont les compétences, l'équivalent bien. speaker-0: Y en a beaucoup. Tous les ans ça augmente, j'ai l'impression. speaker-1: Ça augmente quand maintenant. dis ça parce que... Oui, oui. Parce qu'il me semble qu'avec... le gouvernement Trump, il y a quand des changements en termes de volonté de venir travailler, en tout cas à New York. speaker-0: Alors oui, a peut-être des gens qui ont changé d'avis, mais moi personnellement, j'ai de plus en plus de personnes qui me contactent. Non, j'ai pas du tout vu une différence. speaker-1: Tout va bien. Et après, c'est normal aussi, que, comme je disais, on est quand même mieux payé. Encore plus, je crois, quand on n'est pas dans un état comme New York. Mais oui, oui, donc c'est quand plus intéressant aussi. Et puis, des grandes, comment dire, un des grands points forts des États-Unis, c'est qu'il y a une grosse, possibilité d'évoluer, fait. De se former, d'avoir des certificats qui sont reconnus, de devenir relativement facilement nurse practitioner. de pouvoir ouvrir son cabinet en tant qu'infirmier. Et ça, c'est en Europe, en tout cas en Belgique, c'est quelque chose qui commence. Maintenant, on a le master d'infirmière en pratique avancée. crois que ça a commencé la première année, il était diplômé la même année que moi, donc en 2023. Mais voilà, c'est pas encore reconnu, c'est pas encore connu par la population. donc ici, c'est plus... speaker-0: Quand tu parles d'infirmières qui peuvent ouvrir leur cabinet aux Etats-Unis, tu parles de quoi exactement ? Parce qu'il a pas d'infirmières libérales ici. speaker-1: Non, pas libéral, mais quand elles ont un master et qu'elles sont nurse practitioner... Peuvre. speaker-0: ⁓ oui, d'accord. Elles peuvent ouvrir leur clinique, mais par contre, c'est toujours sous la supervision d'un médecin, donc il qu'elles soient associées aussi avec un médecin. speaker-1: Moi par exemple, nurse practitioner, enfin mon médecin traitant, c'est une nurse practitioner, qui ne m'a jamais renvoyée chez un médecin, hormis pour tout ce qui était gynécologique. Puisqu'elle, pouvait suivre, donc j'étais enceinte, et donc elle pouvait suivre les dix premières semaines, et puis là par contre, le cadre légal faisait qu'elle ne pouvait plus, et donc elle a dû renvoyer chez un médecin. Mais pour tout ce qui est... des tout des genre rhume, gastro, etc. Elle est relativement indépendante, elle ne pas rendre des comptes et j'ai jamais vu de médecin autre qu'elle à son cabinet. speaker-0: Effectivement, il a des cliniques où il a que la nurse practitioner, mais il me semble que légalement, elle doit être associée avec un médecin. speaker-1: Mais c'est quand même quelque chose qu'en Belgique, en France, on n'a pas encore. speaker-0: Est-ce que tu penses à évoluer ta carrière aux USA ? speaker-1: Si j'avais une certitude de la stabilité, d'être sûre qu'on resterait autant de temps et ainsi de suite, alors oui, probablement je le ferais. Malheureusement nous, notre situation est assez instable. Elle dépend de comment les choses ont évolué puisque mon visa dépend du boulot de mon mari. Le boulot de mon mari est pas toujours très stable du coup. Et donc, il n'y a rien à faire. Je l'aurais fait sans problème s'il y avait eu les mêmes formations, exemple, en Belgique. Mais en fait, ici, aux États-Unis, c'est quand des formations intéressantes, qui sont valorisées, mais qui sont très chères. Et donc, pour le rentabiliser, il faut être sûr de pouvoir, après ça, en profiter quand même pendant 5, 10 ans, quelque chose comme ça. Donc, comme nous, on n'a aucune certitude de combien de temps on va rester, etc. Et que là, j'avoue qu'avec un petit bébé, en plus, je n'ai pas forcément envie de me lancer là-dedans. Mais après c'est très fréquent dans mes collègues qu'elle soit devenue d'abord CNA, donc être soignant, plus d'être soignant. Et puis LPN, et puis après ça RN. C'est beaucoup quoi, où ils font par plusieurs étapes, gagnent suffisamment d'argent, et puis après ça ils font une formation supplémentaire et ainsi de speaker-0: Oui, alors pour ceux qui ne pas, les LPN, elles sont justement entre l'aide soignante et l'ARN, donc l'infirmière équivalente aux infirmières européennes. elles sont, alors elles font plus de choses que les aides soignantes parce qu'elles peuvent faire quand même des soins infirmiers, mais c'est toujours sous la responsabilité de l'ARN. Et là où tu travailles, tu en as des LPN ou c'est que des ARN ? Beaucoup. speaker-1: Beaucoup, non, ça dépend. Donc, le côté un peu plus aigu, là, il n'y a pas beaucoup d'LPN, mais moi, je suis dans deux unités plus tout long terme, unités de démence et unités psychiatriques, et là, c'est quasi que de LPN. D'où le fait qu'ils aient besoin d'un manager assez rapidement, RN, parce qu'en fait, typiquement, quand il a des chutes, par exemple, il faut qu'il une RN qui soit là pour évaluer le patient. En fait, c'est ça, c'est par exemple, les LPN ne peuvent pas faire les premières... évaluations. Quand il a un patient qui est admis de l'hôpital, une LPN ne peut pas faire l'admission, c'est une RN qui doit voir le patient. speaker-0: C'est ça, en gros toutes les premières fois sont faits par la RN. Et du coup, est-ce qu'il a des choses que tu aurais fait différemment avec l'orcule ? speaker-1: Si ça s'était présenté autrement, j'aurais d'abord commencé à ici. Enfin en Belgique, pardon. J'aurais fait un an ou deux en Belgique et puis seulement sur les revenus comme ça, j'aurais pas eu ce problème de ne pas avoir l'hôpital disponible. Parce que c'est vraiment ça qui m'a manqué dès le début. je dis pas, le centre où je travaille est super. Je suis très contente d'avoir eu cette expérience-là. Je m'entends très bien avec mes collègues, etc. J'ai pas de souci avec ça. Et voilà, il en faut. C'est un travail comme un autre d'infirmier. Moi j'ai adoré ça, les patients chroniques c'est aussi très intéressant. C'est une relation qui est complètement différente avec des patients en hôpital de soin aigu et c'est rare. Ici on les connaît, on a une vraie relation et on peut détecter parce qu'on les connaît bien, quand ça va un peu moins bien, quand il change, etc. C'est différent et j'étais pas du tout contraire à ça donc c'est pas un drame pour moi d'avoir dû passer par là. Mais c'est vrai que de base quand j'ai eu mon diplôme en Belgique... Quand j'ai terminé, c'était lors de ma dernière année qu'on a eu la nouvelle qu'on allait partir à New York, avant ça, moi, je me voyais infirmière d'hôpital. Alors pas les urgences, parce que c'était pas mon truc, mais des soins un peu plus aigus, un peu plus de rythme et ainsi de suite. Et donc le fait que ça a été une barrière, bah oui, je le referais différemment. ⁓ speaker-0: Tu penses que ça a été encore plus un frein le fait que tu n'aies pas du tout travaillé en Belgique au-delà du fait que tu étais formé en Belgique ? Tu penses que si tu avais été formé en Belgique et que tu avais eu l'expérience, ça aurait été plus facile pour toi de trouver un boulot dans un hôpital ? speaker-1: Je pense que oui, avoir un peu d'expérience m'aurait aidé quand même de jusqu'à entrer dans l'hôpital. Pas forcément avoir l'unité que je voulais absolument parce que parfois ils ont des certificats, etc. Mais avoir cette possibilité-là, je pense qu'avoir déjà de l'expérience aurait été valorisé. speaker-0: Oui, et c'est logique. C'est logique et en même temps tu vois c'est assez contradictoire parce que finalement il a quand même beaucoup d'endroits aux Etats-Unis où ils ne reprendront pas ton expérience étrangère. Donc ils veulent que tu en aies mais ils la prennent pas en considération. Tu vois, ça porte un peu à confusion. Et sinon du coup, donc là où tu travailles, j'imagine que c'est un petit peu différent parce que tu es dans une structure, donc comme tu disais, à plus ou moins long terme. Mais du coup au niveau... ratio patient-infirmier comment est-ce que c'est dans ta structure ? speaker-1: Sur papier, deux infirmiers pour 40 patients de mon côté. Moi, suis plutôt en long terme. On semble plus aigus, on est plutôt sur trois infirmiers pour 44 patients. que là, y a plus... On en a aussi de notre unité, mais il y a plus de tracts, y a plus de wound vac, des thérapies à pression négative et des choses comme ça, donc des soins un peu plus spécifiques. Donc ça, c'est sur papier. En pratique, ça peut arriver que tu te retrouves tout seul avec les 40 patients. Ce qui fait toujours très très peur aux nouvelles infirmières qui paniquent complètement. speaker-0: Oui, parce qu'elles n'ont pas l'habitude d'entendre un ratio aussi élevé. C'est clairement en France une infirmière pour 40 patients, c'est presque la moyenne, j'ai de dire. speaker-1: Dans les unités hospitalières, ne pas trop. Parce qu'ici, c'est vrai qu'à l'hôpital, normalement, c'est un infirmier pour sept patients, je crois, l'hôpital. Ils trouvent que c'est déjà beaucoup et tout. en fait, en Belgique, t'as 32 patients par unité, tu fais moitié une infirmière, moitié l'autre infirmière. Donc en général, t'as plus ou moins 16 patients par... speaker-0: Oui, en France c'est pareil. Et la nuit même, moi, je me suis déjà retrouvée toute seule en chirurgie orthovascular des grosses chirurgies avec 35-40 patients. speaker-1: La nuit, effectivement, t'es généralement tout seul, parfois même avec deux unités en Belgique, ça dépend un peu de... speaker-0: Mais du coup, une infirmière pour cette patiente, c'est quelque chose qui est propre à New York ou pas ? Parce que je sais que dans beaucoup d'états, c'est 5 maxi. speaker-1: Ça dépend. Ça peut aller jusqu'à 7. D'accord. Ils essayent d'avoir 1 pour 5, ce qui en fait sur papier semble très peu. ils ont... Enfin, je crois que quand même, le rythme est peut-être moins soutenu. Pourtant, ils continuent quand même à se prendre du ratio, etc. Mais ils ont beaucoup de documentation à faire. Oui. Tu prends quand même beaucoup de temps et c'est surtout ça, c'est beaucoup de suivi. speaker-0: La traçabilité, prend énormément de temps. Finalement, c'est presque la moitié de la journée. C'est clair. Alors écoute, ma dernière question c'est toujours la même pour tout monde. Si tu devais, avec le recul donc maintenant, t'as travaillé un an en tant qu'infirmière, en tant que RN avant d'être Nurse Manager ? speaker-1: Ouais, là suis plus ou moins bientôt deux ans d'ancienneté. speaker-0: D'accord. Donc avec le recul, si tu devais choisir juste pour le métier, vraiment pour le métier uniquement, Belgique ou USA ? speaker-1: quand même ici. a des désavantages, il a la langue, y a tout un système médical que je connais pas bien, parce qu'il aussi toutes ces histoires d'assurance et ainsi de qui sont encore des choses. Mais les conditions de travail sont normalement meilleures ici quand même que en Belgique. speaker-0: ... Mofros ? Ouais. Qu'est-ce que t'entends par condition de travail ? speaker-1: Alors pas les congés, parce que les congés par contre aux États-Unis ça ne fait pas. Ben le salaire. Et comme on a discuté juste maintenant, le ratio infirmier-patients à l'hôpital, c'est quand même moins... Alors je sais qu'ils ont quand même l'impression de travailler à flux tendu, etc. Mais concrètement c'est quand même différent d'avoir cinq patients sous... Enfin dont tu dois t'occuper que d'en avoir 16. Tu cours un peu speaker-0: ils se sentent quand même peu d'infirmiers parce qu'ils sont habitués aussi comme ça mais en tant qu'infirmiers européens qui viennent aux USA. Forcément ça nous paraît toujours très très peu. speaker-1: Donc je dirais ça, mais par contre ça aurait les congés, ça je changerais. Je dirais en Belgique. Mais ça c'est pour partout. Je crois que c'est pas propre. speaker-0: ⁓ oui oui, non les congés aux Etats-Unis c'est clair, c'est le même problème partout. Donc t'es heureuse ici à New York et pour l'instant vous avez pas le projet de partir. speaker-1: Non, non, si le travail nous le permet, on reste. speaker-0: Merci Agathe. speaker-1: Merci.